Un Mahler bordelais à consommer sans trop de modération

mahler_onbaEst-ce par appréhension ou frilosité que les orchestres français s’attaquent si peu aux monuments symphoniques du grand Gustav Mahler ? Les concerts sont rares, et les enregistrements encore moins. Pourtant, même si la musique du compositeur autrichien est très exigeante, les formations françaises n’ont pas à rougir de leurs nombreuses qualités. Encore faut-il que les directeurs musicaux aient le charisme et l’audace pour se lancer dans de tels défis. Et c’est le cas de Paul Daniel, à la tête de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine (ONBA), qui n’a pas hésité depuis son arrivée en septembre 2013 à s’attaquer, entres autres, au Siegfried de Wagner, à La Bohême de Puccini, et maintenant à la Symphonie n°5 de Mahler, dont l’enregistrement live est paru en février dernier.

Distribué par Harmonia Mundi, le disque est vendu dans une configuration plutôt originale : pas de boîtier en plastique, mais un étui en carton inséré dans un mini-livre édité par Actes Sud, imprimé sur du papier… orange fluo ! Une vingtaine de pages agrémentées de nombreuses photos pour présenter à la fois l’orchestre, le chef, et bien sûr la fameuse Symphonie n°5 de Mahler. Il s’agit en réalité du deuxième disque-livre de la collection « ONBA live », fruit d’une collaboration pour le moins ambitieuse entre la formation bordelaise, l’Opéra de Bordeaux et la maison d’éditions, habituée des publications musicales.

Que dire de la qualité de l’interprétation ? Il y a, bien sûr, les aléas et imperfections du direct (on entend quelqu’un tousser au début de l’adagietto…), mais c’est une performance très honnête et sans tabou que livrent les musiciens de l’ONBA, sous la baguette du très expérimenté Paul Daniel. L’orchestre manque certes de fougue, de densité sonore, et les contrastes mériteraient à être plus marqués. Mais l’ensemble est plutôt cohérent et équilibré, et les différents pupitres ne souffrent d’aucune grosse fragilité (saluons en particulier les cuivres, très sollicités). Coeur émotionnel de l’ouvrage, qui a marqué à jamais les esprits des spectateurs du film Mort à Venise de Visconti, le mouvement lent de la symphonie – véritable déclaration d’amour de Gustav à sa femme Alma – est ici très réussi, pris dans un tempo assez étiré, comme il se doit, avec un point culminant (la fameuse très brève modulation en majeur) assez magique.

 


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